Bonjour,
Je pense qu'il y a des leçons à tirer de la réunion ETD 2006, mais en les reliant à d'autres dates : Scaulwa à Dakar en novembre et le séminaire d'Ouagadougou en septembre.
La première leçon, c'est le potentiel de réalisations possibles en Afrique en terme d'archivage et de diffusion de la littérature scientifique. Il y a les institutions qui se sont engagées dans cette voie, soit parce que les structures existaient et étaient prêtes à mettre en place un service adéquat, c'est le cas de la BU de l'Université Cheickh Anta Diop à Dakar et de l'équipe édition électronique avec D. Diouf, J-B. Sarr et J-C Coly, mais aussi de la BU de Antananarivo sous la direction de Jean Marie Andrianiaina, soit parce que des individus avec le soutien de leur hiérarchie sont impliqués dans la publication des thèses et mémoires en ligne. C'est le cas de Anne, à la FMPOS à Bamako qui en plus joue un rôle important de conseiller et d'expert en thèses électroniques. Et puis il y a tous celles et tous ceux qui attendent avec impatience de pouvoir se lancer dans un projet.
A coté, on trouve des institutions qui développent des programmes transversaux comme le bureau régional pour l'Afrique de l'Organisation Mondiale de la Santé. Il y en a surement d'autres, je pense en particulier à l'agronomie avec la FAO. Il y a également le réseau académique francophone, à travers le CAMES qui peut permettre de réunir les établissements universitaires africains dans une politique de diffusion scientifique.
Tous ces acteurs ne travaillent pas au même niveau : il y a ceux qui travaillent parce qu'ils savent ce qu'ils veulent et comment y parvenir. C'est l'avant garde. Il y a ensuite les institutions qui veulent fédérer des initiatives et qui vont créer une dynamique de mutualisation en s'appuyant sur ce qui existe déjà et en fédérant les nouveaux venus.
Toute cette énumération rapide montre bien que les établissements africains francophones sont loin d'être en retard. Ils ont même, j'en suis persuadé, vocation à jouer un rôle de locomotive pour les communautés lingustiques anglophones et lusophones. Le plus petit dénominateur commun des intérêts africains impose qu'une coopération afro-africaine se mette en place rapidement et directement. Et là encore, il y a des lieux privilégiés : le réseau des bibliothèques de médecine à travers le programme de l'OMS en est le premier exemple, le réseau de l'Association des Université Africaines en est un autre.
Pour que toutes ces initiatives, ces projets débouchent il faut que le discours à propos de l'archivage et de la diffusion des travaux de recherche africains soit clair : sur les outils, sur les formats, sur le travail à fournir pour produire ces documents numériques, pour former les étudiants et les chercheurs, pour sensibiliser les décideurs. Il faut que les documents de recherche produits par les africains soient utilisables et accessibles depuis n'importe où et avec n'importe quel type de matériel. Le respect de l'interopérabilité est fondamental pour la circulation des idées et des informations. Les normes et les standards existent qui permettent cette interopérabilité. Alors n'hésitons pas à les utiliser et à les prescrire !
Les formats d'archivage, de diffusion doivent être ouverts. La communication de Thierry Stoehr lors du séminaire de Ouagadougou est une document qui doit être diffusé, partagé, discuté par le plus grand nombre. Elle est en ligne à cette adresse :
http://linux.univ-lyon2.fr/Ouagadougou-2005/interventions/stoehr_t/formats.pdf
Il faut aussi être très clair sur le format du document : format image ou format texte, format structuré. Cela suppose que l'on soit conscient que les solutions qu'il faut mettre en place doivent dépasser le très court terme pour s'installer dans le très long terme. Doit-on se contenter de fichier pdf ou doit-on penser plus loin et opter dès maintenant pour les formats qui sont autour de XML ?
Ce n'est pas du tout une guerre de religion, mais un choix qui est validé par de nombreux acteurs, pas forcément universitaires mais qui reconnaissent les avantages en termes de pérennité, d'interopérabilité, d'accessibilité. Une fois ces choix clairement énoncés, il faut faire preuve de pragmatisme selon les situations locales et mettre en place des solutions de transition : c'est ce que fait Anne à Bamako. Par contre dans des projets plus importants, transversaux qui réunissent plus d'acteurs et qui impliquent un très gros travail de prescription, il faut toujours présenter le document structuré comme l'objectif principal.
L'emploi des logiciels libres aussi bien pour le traitement de texte, la conversion, l'archivage et la diffusion doit également être clairement affirmé : c'est la clé de voûte de l'autonomie africaine en matière de production d'informations scientifiques électroniques. Le seul argument financier doit suffir à justifier notre choix même si d'autres arguments sont aussi importants.
Le plus important, me semble-t-il, c'est l'implication des acteurs et des institutions dans cette aventure. Les obstacles sont nombreux, mais ce ne sont pas forcément ceux auxquels on pense en premier. Les problèmes matériels par exemple : accès au réseau, matériels informatiques peu nombreux, ne seront pas les plus bloquants. L'ingéniosité peut pallier la modernité, la mise en commun des ressources fera sauter des verrous : les solutions techniques que nous utilisons sont suffisamment légères pour permettre de s'adapter à des situations de pénurie. Mais soyez bien conscients que ce n'est pas l'essentiel : en Europe, l'abondance des moyens informatiques mis à la disposition des universités, la qualité de la connectivité ne suffisent pas à une mise en ligne généralisée des documents scientifiques.
Ce qui manque en Europe et qui me semble-t-il est présent en Afrique c'est l'esprit de solidarité plus qu'un esprit de concurrence stérile. Le partage est une valeur surement plus présente en Afrique en particulier et au Sud en général qu'au Nord. Et c'est plus du coté de l'Amérique du Sud qu'il faut chercher l'exemple que du coté européen.
Lors des journées ETD de Québec, le dynamisme du programme Cyberthèses, la solidité de sa problématique, sa diversité et l'étendue géographique du réseau ont impressionné. Si on ajoute que nous produisons des documents structurés et que nous avons pu le montrer à travers des exemples sénégalais, péruviens, malgaches, la preuve est fournie que les pays du Sud sont dans le peloton de tête dans le domaine de l'information scientifique en ligne et de l'accès ouvert.
Ce forum est le lieu idéal pour échanger nos problèmes, nos inquiétudes, nos résultats. Alors profitons-en tous pour partager, mutualiser nos idées, mettre en place des solutions pour toute la communauté universitaire africaine en échangeant nos expériences et nos idées pour aller de l'avant.
J'ai voulu exprimer très franchement ma tranquille certitude que dans ce domaine, l'Afrique est plutôt bien partie. Les signaux faibles deviennent de plus en plus forts. Il faudra du temps et de la patience, de l'imagination mais nous n'en manquons pas.
JPD